Une photo tragique, une parmi tant d’autres, aura suffi pour mettre en émoi les gouvernements européens et soulever, dans les consciences endormies de nos compatriotes jusque-là indifférents, une vague de solidarité spontanée ou à l’inverse renforcer l’esprit de fermeture et de rejet.

Sur le plan local, au Barcarès plus précisément, Alain Ferrand, après une révélation parisienne, se dresse en donneur de leçons et d’humanisme.

Une photo tragique, une parmi tant d’autres, a permis cela.

Mais on ne fait pas de la Politique avec une photo. Diriger un pays ou une Commune, c’est penser à froid. Etre en charge des affaires publiques c’est être capable de prendre de la hauteur par rapport aux évènements, pour justement prendre les bonnes décisions. Cela n’empêche pas d’avoir des sentiments, d’être horrifié non pas par une photo mais par tous les clichés des grands reporters qui nous montrent la cruelle réalité de notre monde.

Depuis le drame de Lampedusa en 2013, où 900 migrants ont trouvé la mort, la comptabilité macabre n’a cessé d’augmenter. Depuis 2013 près de 6000 enfants, femmes et hommes sont morts noyés pour fuir la guerre, les massacres, la faim et la misère. Ils fuient au péril de leur vie après avoir payé leur droit de passage à des voyous. Mourir sous les balles ou par la lame d’un couteau ou tout simplement de faim, tant qu’à mourir autant tenter sa chance, non ?

Les médias qui couvrent ces évènements nous ont tous les jours informés de la tragédie humaine qui se passe sous nos yeux. 6000 morts depuis 2013. Plus que la population du Barcarès résidant à l’année. Mais ces êtres humains, nos frères et nos sœurs, n’ont pas soulevé la moindre compassion car masqués par un voile blanc posé sur leurs cadavres proprement rangés les uns aux côtés des autres sur les quais. Ils n’ont affolé que les statistiques.

Où était-il Alain Ferrand depuis 2013 ? Où étaient ceux qui profitent de l’occasion pour exister ? Où est l’Association des Maires des Pyrénées-Orientales pour coordonner une stratégie globale sur l’ensemble du Pays Catalan. 1 à 2 familles par commune voilà ce qui pourrait être proposé.

Non ! Ce qui se passe aujourd’hui au Barcarès n’est pas de la solidarité mais une opération de com’ politique montée à la hâte, sans vision, sur le dos d’enfants, de femmes et d’hommes en souffrances. Le Pays Catalan a déjà connu cette situation d’impréparation avec les Républicains espagnols en 1939, les Français d’Algérie et les Harkis en 1962.

La problématique se résume-t-elle tout simplement à leur offrir un toit ? Si c’était si facile cela aurait été réglé bien avant qu’ils arrivent jusqu’à nos frontières. Le Maire du Barcarès annonce, sans en avoir informé le Conseil municipal, que 15, puis 20 voire même 25 familles pourraient être logées au VVF L’Estanyot (géré par la CAF), au village de vacances Les Portes du Roussillon et/ou dans les chambres de l’ancien hôtel du France Télécom, où sont logés les renforts de gendarmerie tout au long de la saison estivale.

C’est là que pointe le sentiment d’impréparation caché par une opération de com’ politique. Nous sommes dans une station balnéaire, les familles qui seront accueillies dans les villages de vacances et les logements habituellement réservés l’été aux gendarmes, devront elles quitter les lieux avant le début de la saison ? Si oui, où iront-elles ? Si non, les professionnels du tourisme accepteront-ils de les garder toute la saison ? Quid des effectifs de gendarmerie l’été ?

Dire que l’on est prêt à accueillir c’est bien, c’est très bien. Mais la guerre et cet enfer qu’ils ont quittés ne prendront pas fin avec l’arrivée de l’été. L’accueil est à prévoir sur le long terme et non le très court terme.

Autre signe d’impréparation totale, l’accueil des enfants dans les écoles maternelles et primaires. Le rectorat a-t-il prévu de mettre à disposition des enseignants supplémentaires pour épauler les professeurs des écoles en place ?

Quelles sont les mesures pour permettre l’intégration des adultes et l’apprentissage de la langue française ?

Doit-on concentrer les familles sur un même lieu de vie avec le risque d’en faire rapidement un ghetto et rendre toute intégration impossible ?

En fuyant la guerre et la misère, ces familles cherchent avant tout un avenir meilleur pour eux et pour leurs proches. Comment le leur reprocher ! Que ferions-nous à leur place ? Il faudra que ces femmes et ces hommes puissent s’intégrer dans les meilleures conditions. Car s’intégrer c’est vivre ensemble, travailler ensemble, étudier et grandir ensemble. Et si cette guerre prend fin un jour, que ferons-nous ? Nous leur demanderons de partir ? Bien sûr que non.

Beaucoup de nos concitoyens nous interrogent sur ce soudain élan de générosité médiatique et son impréparation. Beaucoup s’étonnent d’une telle décision, prise sans aucune concertation par une municipalité qui ne pense qu’à dépenser sans compter, qui augmente les impôts de plus de 15%, incapable de trouver une solution pour le logement, l’emploi de leurs enfants, et de résoudre la misère qui existe dans notre commune. Certains nous interpellent avec virulence en demandant que « les élus les recueillent chez eux ! ».

On ne peut admettre que l’on fasse de la « com’ politique » sur le dos et la vie de familles entières. On ne peut pas jouer aux bienfaiteurs pour une fois l’été venu crier au scandale contre l’Etat qui n’assume pas ses responsabilités ; car l’engagement d’accueillir c’est le Maire qui l’aura pris et qui devra l’assumer sans se défausser.

Cette tribune a été rédigée par tous les membres du Bureau de notre Mouvement, ainsi que par nos deux élus.

NB : Alain Ferrand dans son plan de communication précise avoir discuté de sa décision avec les élus du Conseil municipal. Faux! Le Conseil municipal n’a  jamais été saisi de ce projet pour en débattre.